06 janvier 2009

L'insurrection qui vient

« Le dernier point de l’illusion, en matière d’Etat, est une espèce de léthargie, qui n’arrive jamais qu’après de grands symptômes. Le renversement des anciennes lois, l’anéantissement de ce milieu qu’elles ont posé entre les peuples et les rois, l’établissement de l’autorité purement et absolument despotique, sont ceux qui ont jeté ordinairement la France dans les convulsions dans lesquelles nos pères l’ont vue. Le cardinal de Richelieu la vint traiter comme un empirique, avec des remèdes violents, qui lui firent paraître de la force, mais une force d’agitation qui en épuisa le corps et les parties. Le cardinal Mazarin, comme un médecin très inexpérimenté, ne connut point son abattement. Il ne le soutint point par les secrets chimiques de son prédécesseur ; il continua de l’affaiblir par des saignées : elle tomba en léthargie, et il fut assez malhabile pour prendre ce faux repos pour une véritable santé. Les provinces, abandonnées à la rapine des surintendants, demeuraient abattues et assoupies sous la pesanteur de leurs maux, que les secousses qu’elles s’étaient données de temps en temps, sous le cardinal de Richelieu, n’avaient fait qu’augmenter et qu’aigrir. Les parlements, qui avaient tout fraîchement gémi sous sa tyrannie, étaient comme insensibles aux misères présentes par la mémoire encore trop vive et trop récente des passées. Les grands, qui pour la plupart avaient été chassés du royaume, s’endormaient paresseusement dans leurs lits, qu’ils avaient été ravis de retrouver. Si cette indolence générale eût été ménagée, l’assoupissement eût peut-être duré plus longtemps, mais comme le médecin ne le prenait que pour un doux sommeil, il n’y fit aucun remède. Le mal s’aigrit ; la tête s’éveilla : Paris se sentit, poussa des soupirs ; l’on n’en fit point de cas : il tomba en frénésie. Venons au détail. »

Retz, Mémoires

Commentaires

Je reconnais bien là votre "volonté de poser dorénavant des questions plus nombreuses, plus profondes, plus sévères, plus dures, plus méchantes et plus silencieuses qu'on n'en a posé jusqu'ici dans le monde."
Bonne Année, cher ami.

Ecrit par : Alex Gambler | 09 janvier 2009

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